Sur la montée de la Sérigoule, une imposante bâtisse en pierre veille sur le bourg de Tence. Le mardi matin, l’agitation du marché réveille la rue. Les dix colocataires de la Maison Marguerite profitent de cette animation, certains jusqu’au bord de la chaussée. Cette colocation pas comme les autres fête ses dix ans cette année.
Un projet né en mai 2016 de l’initiative de Jacqueline Decultis, ancienne infirmière libérale. Son constat était simple : certaines personnes ne peuvent plus vivre seules, mais ne se reconnaissent pas dans les maisons de retraite. La solution se trouve dans l’entre-deux, un logement partagé qui garde l’esprit d’une vraie maison.
Maison Marguerite à Tence, un lieu conçu pour le vivre ensemble
La bâtisse n’a rien d’un établissement médicalisé. Un salon spacieux, une grande salle à manger, une cuisine ouverte sur la pièce de vie. Chaque résident conserve sa chambre privée, avec sa porte qui ferme et ses meubles personnels.
Le projet repose sur une idée forte : la solidarité entre habitants. Alicia, Ennemonde, Liliane, Jeanine, Magali, Bernard, René, Gérard et les deux Claude partagent les repas, les parties de cartes et les conversations du soir.
Les espaces communs occupent la majeure partie du rez-de-chaussée. Cette organisation invite tout naturellement à la rencontre. On ne reste pas cloîtré chez soi.
Le rôle discret des maîtresses de maison
Trois femmes assurent la vie quotidienne du lieu. Sylvie et Florence s’occupent de l’entretien des locaux. Martine Moulin, la maîtresse de maison, prépare les repas et veille sur chacun.
Le matin, le petit-déjeuner se prend ensemble. Martine connaît les habitudes de chacun, les préférences, les petites manies. Une présence sécurisante, sept jours sur sept.
La vie quotidienne, loin de l’isolement
Tence compte environ 3 000 habitants. Le marché du mardi est un rendez-vous attendu. Ceux qui ont de bonnes jambes descendent la rue, flânent entre les étals, rapportent quelques victuailles. Les autres regardent le passage depuis la fenêtre.
Claude, 90 ans, ancien contremaître, résume le sentiment général : « C’est un peu comme à la maison. » Il est arrivé sur les conseils de sa famille, après une période difficile à assumer son domicile seul.
Jeanine, 90 ans, espère trouver des partenaires de cartes. En attendant, elle s’adonne au scrabble avec une autre résidente. Les journées se remplissent de ces petits riens qui font une vie sociale.
Une organisation pensée pour l’autonomie
La colocation ne signifie pas la promiscuité. Chaque chambre possède son caractère, ses souvenirs. Les moments partagés s’alternent avec des temps de solitude choisis.
La présence constante des maîtresses de maison offre un filet de sécurité. Elles ne sont pas des soignantes, mais des personnes de confiance qui veillent au grain.
Les familles sont rassurées. Elles savent que leur proche n’est plus seul face à un problème de santé, à une chute, à une frayeur nocturne.
- Repas préparés sur place tous les jours
- Entretien des espaces communs et du linge
- Accompagnement vers les services de soins à domicile
- Activités partagées : jeux, promenades, lecture
- Présence d’un membre de l’équipe la nuit
- Chambre privative avec possibilité d’apporter ses meubles
Le soutien social comme remède contre l’isolement des seniors
L’isolement est une souffrance silencieuse. On perd ses repères, sa motivation, parfois l’appétit. La Maison Marguerite répond à ce fléau par une simple recette : remettre des gens dans une maison où il se passe des choses.
Les repas pris ensemble rythment la journée. On parle de la pluie et du beau temps, des nouvelles du village, des souvenirs. Cette conversation ordinaire est un puissant médicament contre la solitude.
| Critère | Domicile seul | Maison Marguerite | EHPAD |
|---|---|---|---|
| Autonomie | Totale, mais épuisante | Préservée dans un cadre rassurant | Encadrée médicalement |
| Vie sociale | Souvent réduite | Intégrée au quotidien | Collective, mais parfois contrainte |
| Présence encadrante | Ponctuelle (aides à domicile) | Trois maîtresses de maison, 7 j/7 | Personnel soignant permanent |
| Budget | Variable, logement + services | Loyer + charges, modulable selon les aides | Tarif d’hébergement complet |
Le bien-être des résidents se lit dans leur santé. Les familles racontent des visages plus détendus, des corps moins courbés, des rires plus fréquents.
Une alternative crédible à la maison de retraite
Beaucoup de seniors redoutent l’EHPAD. L’image de l’institution, la perte de repères, le bruit, le sentiment d’être un numéro. La Maison Marguerite propose autre chose : un chez-soi partagé.
Le docteur qui suit les résidents le confirme : « Il y a moins de dépression, moins de chutes, une meilleure alimentation. » Les mots sont simples, le constat est net.
La maison ne remplace pas un établissement médicalisé pour les personnes dépendantes. Elle correspond à un moment précis de la vie, celui où l’autonomie devient fragile sans être perdue.
De Tence à toute la France, un modèle qui essaime
la première Maison Marguerite de Tence a fait des émules. En dix ans, 35 autres projets ont vu le jour sur le territoire national. Des porteurs de projets viennent Régulièrement se former dans la cité altiligérienne.
Le modèle intéresse aussi les collectivités locales. Il répond à une demande sociale forte, à un besoin d’entraide concrète entre voisins d’un même âge.
Les professionnels du secteur affluent de toute la France. Ils observent l’organisation, l’ambiance, la relation de confiance entre les habitants et les maîtresses de maison. Ils repartent avec la méthode, mais aussi une philosophie.
La recette de ce succès tient dans un équilibre. Un logement partagé qui n’est ni une institution, ni un abandon. Une colocation où les comptes se font chaque mois, mais où l’argent ne crée pas une relation marchande.
Jacqueline Decultis a ouvert la voie avec une idée qu’on qualifiait de farfelue en 2016. Dix ans plus tard, des centaines de seniors vivent mieux grâce à cette intuition.

Ancien journaliste presse magazine décoration parisien, rentré dans les Mauges restaurer une fermette.