À 75 ans, elle lutte pour débloquer un héritage de plusieurs centaines de milliers d’euros tout en vivant dans une maison insalubre

À 75 ans, elle lutte pour débloquer un héritage de plusieurs centaines de milliers d’euros tout en vivant dans une maison insalubre

Marie-Agnès Portal a 75 ans, une retraite de 1 100 € par mois, sept chats et une chienne. Elle vit dans une maison insalubre à deux pas de la préfecture de Montauban, dans le Tarn-et-Garonne. Pourtant, elle est censée recevoir un héritage de 700 000 € depuis sept ans. Cette somme reste bloquée au tribunal de Senlis, dans l’Oise, sans explication claire.

Son histoire, racontée par La Dépêche du Midi, mêle un drame familial ancien, une procédure judiciaire interminable et une situation de logement devenue intenable. Elle a reçu les journalistes dehors, disant avoir « trop honte » de montrer l’intérieur de son domicile. En 2024, elle n’a pas pu financer sa part d’une opération d’amélioration de l’habitat lancée par la mairie. Aujourd’hui, elle appelle à l’aide.

Le drame familial de la Fumade, un passé qui pèse encore

Marie-Agnès Portal est l’héroïne malgré elle de l’une des affaires judiciaires les plus marquantes du Tarn-et-Garonne. En 1975, sa famille refuse de quitter le château de la Fumade, vendu par adjudication. Le 10 janvier, les gendarmes donnent l’assaut après vingt-deux mois de siège. Son frère Jean-Louis est tué. Son père, Léonce, était déjà décédé de mort naturelle pendant le blocus. Elle et sa mère trouvent alors refuge dans une maison familiale à Montauban.

Cette maison, elle y vit seule depuis la mort de sa mère en 1991. Avec le temps, elle s’est dégradée au point de devenir partiellement inhabitable. La septuagénaire n’a pas les moyens d’entreprendre les travaux nécessaires. Son seul revenu est sa retraite, à peine suffisante pour vivre. Elle précise : « J’appelle au secours. Qui peut m’aider à débloquer mon portail et à améliorer ma situation ? Il faut qu’on m’aide. »

700 000 € d’héritage bloqués depuis sept ans

Le paradoxe est saisissant. En 2019, un généreux donateur de l’Oise, sans lien direct avec sa famille, la choisit comme l’une de ses trois héritières. Il avait probablement entendu parler du malheur qui a frappé les Portal. Le testament prévoit un partage de quatre millions d’euros entre trois personnes. Marie-Agnès doit recevoir 700 000 €. Une somme énorme pour elle, qui vit avec 1 100 € par mois dans un domicile insalubre.

Sur cette somme, elle n’a perçu que 6 000 € versés par le notaire chargé de l’exécution testamentaire. Elle explique : « C’était pour lever la clause. Depuis, c’est bloqué au tribunal de Senlis. » La procédure s’enlise. Personne ne lui donne de date précise. Pendant ce temps, la maison continue de se dégrader et ses difficultés financières s’aggravent. Elle aimerait utiliser « 100 000 ou 200 000 € » pour réparer son bien immobilier, mais elle ne peut pas toucher à cet argent. Elle subit en plus un dépôt de plainte pour maltraitance animale, qu’elle qualifie de « prétexte pour me prendre la maison ».

Succession bloquée : quels recours pour un héritier ?

Cette situation n'est pas isolée. Chaque année, des héritiers se retrouvent bloqués par des procédures longues, des désaccords entre bénéficiaires ou des lenteurs administratives. La loi a évolué en 2026 pour simplifier la sortie de l’indivision successorale. Désormais, le silence prolongé d’un héritier ne peut plus bloquer la succession à lui seul. Un juge peut trancher et imposer une décision à tous.

Pour les personnes concernées, plusieurs pistes existent pour obtenir un soutien juridique ou débloquer une situation. Voici les principales démarches à envisager :

  • Demander une médiation familiale pour trouver un accord à l’amiable avec les autres héritiers.
  • Saisir le tribunal judiciaire pour demander le partage ou la vente forcée des biens.
  • Contester les honoraires ou la gestion du notaire si son travail est jugé défaillant.
  • Solliciter une avance sur part successorale auprès du notaire, si l’actif est suffisant.
  • Vérifier les délais légaux : au-delà d’une certaine durée, le juge peut accélérer la procédure.

Comment protéger un logement insalubre quand on est âgé et sans ressources ?

Marie-Agnès Portal cumule les fragilités : l’âge, un revenu modeste, un bien immobilier dégradé et une procédure judiciaire qui traîne. Les personnes dans son cas peuvent se tourner vers des dispositifs d'aide à l'habitat, mais le manque de trésorerie initiale bloque souvent tout démarrage. Les collectivités locales proposent parfois des programmes de réhabilitation, mais ils exigent une contribution du propriétaire. Sans argent disponible, impossible d’y participer.

Le logement insalubre est un problème de santé publique. Les risques d’accidents domestiques, de moisissures et d’isolation défaillante augmentent avec l’âge. Des associations et des services sociaux peuvent aider à monter des dossiers. Mais cela demande du temps, de l’énergie et une bonne connaissance des circuits administratifs. Un accompagnement professionnel est souvent nécessaire.

Type de blocage Recours possible Délai moyen
Silence d’un héritier Saisine du juge pour autorisation de vente De 3 à 9 mois
Désaccord entre bénéficiaires Médiation familiale De 1 à 3 mois
Gestion du notaire contestée Plainte auprès du procureur ou du président de la chambre des notaires Variable
Logement insalubre Demande de subvention auprès de l’Anah ou de la mairie De 2 à 6 mois
Impossibilité de financer les travaux Demande d’avance sur succession Selon le tribunal

Le cas de Marie-Agnès Portal illustre l’absurdité d’un système où une personne peut être considérée comme riche sur le papier et vivre en même temps dans un domicile insalubre. Les biens immobiliers qui lui reviennent de droit restent inaccessibles, pendant qu’elle attend une issue judiciaire. Cette affaire met aussi en lumière l’importance d’un soutien juridique adapté pour les personnes les plus fragiles. Sans celui-ci, les promesses d’héritage peuvent se transformer en piège.

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