Chaque été, des milliers d’animaux sont déposés sur le bord des routes ou devant les portes des refuges. Le phénomène ne faiblit pas, malgré les campagnes de sensibilisation. Au Portugal, la situation reste dramatique, comme le montrent les derniers chiffres de la Garde nationale républicaine.
Abandons d’animaux : un fléau qui ne faiblit pas
Entre 2024 et le premier semestre 2026, plus de 2 400 crimes liés à la maltraitance et à l’abandon ont été enregistrés au Portugal. 28 personnes ont été arrêtées. Les mois de juillet et août concentrent 38,1 % des cas, une conséquence directe des départs en vacances.
Ziro et Mike, deux victimes silencieuses
Ziro et Mike ont vécu toute leur vie auprès de maîtres âgés. À leur mort, aucun document ne prévoyait le sort des animaux. Des membres de la famille ont choisi de les laisser dehors, sans se soucier de leur santé.
Ziro a erré dans les rues de Setúbal. Il a été renversé par une voiture et agressé, gardant de graves lésions à la bouche. Mike, lui, souffrait d’une maladie cardiaque. Il est resté à SOS Animal jusqu’à son dernier souffle. Ziro attend encore une famille.
Leur histoire n’est pas isolée. Comme une mauvaise herbe, l'abandon repousse chaque été dans les mêmes conditions. Sandra Duarte Cardoso, vétérinaire et présidente de SOS Animal, reçoit des courriels quotidiens de personnes qui menacent d’abandonner leurs bêtes si l’ONG ne les prend pas en charge. « C’est devenu un moyen de chantage », dit-elle.
Les raisons de l’abandon : manque de temps, d’argent, de responsabilité
La présidente de SOS Animal distingue deux situations. Le renoncement, quand une personne confie volontairement son animal. Et l’abandon pur, quand on le jette sur la route ou dans un sac devant un refuge. Dans les deux cas, la responsabilité du propriétaire est en cause.
Une étude parue en 2022 dans le Journal of Applied Animal Welfare Science montre que le manque de temps, la maladie de l’animal, le manque d’espace ou des comportements agressifs sont les raisons les plus fréquentes. La période post-Covid a aggravé les choses, avec des adoptions impulsives suivies de retours massifs.
La micropuce, une obligation contournée
Le Portugal impose la puce électronique pour les chiens depuis 2008, et pour les chats depuis 2022. Mais cette mesure ne suffit pas. Les amendes sont envoyées au nom du propriétaire inscrit. Quand il s’agit d’une personne décédée, les poursuites n’aboutissent jamais.
« À ce jour, parmi toutes les plaintes que nous avons déposées, aucune n’a abouti », confie Sandra Duarte Cardoso. Les héritiers qui mettent dehors le chien ou le chat de leur parent ne subissent aucune conséquence. L’animal reste une chose que l’on possède, puis que l’on jette.
La stérilisation obligatoire, une piste pourtant concrète
Sandra Duarte Cardoso préconise une mesure radicale : stériliser tous les chiens et chats. Les grandes races avant neuf mois, les petites avant six mois, et tous les chats avant cinq mois. Un bon pourrait couvrir tout ou partie du coût pour les ménages modestes.
D’autres pays ont déjà franchi le pas. La Grèce impose la stérilisation, sauf si les propriétaires fournissent un échantillon génétique de leur animal. La Belgique, l’Espagne, l’Autriche et l’Allemagne ont des lois similaires pour les chats.
Le coût des soins vétérinaires, lui, ne cesse d’augmenter. Selon Eurostat, il a progressé de près de 37 % dans l’Union européenne en une décennie. Ce contexte économique pousse certaines familles à laisser leurs animaux dans des états limites, faute d’argent pour consulter.
Adoption responsable : la méthode SOS Animal
Face à l’urgence, SOS Animal a choisi la qualité plutôt que la quantité. « Nous préférons 80 ou 100 adoptions par an avec zéro retour, plutôt que 300 adoptions qui se terminent mal », explique la présidente. chaque adoption passe par un protocole strict, avec des justificatifs et une réflexion sur les conditions de vie.
Cette exigence décourage certains. Elle évite surtout de nouveaux traumatismes pour des animaux déjà marqués. La solidarité passe par des gestes simples : adopter dans un refuge, donner, ou simplement partager les annonces des associations.
Quelles solutions pour endiguer l’abandon ?
La lutte contre l’abandon ne peut pas reposer uniquement sur les associations. Il faut une stratégie nationale, incluant les îles, comme le demande Sandra Duarte Cardoso. Les gouvernements successifs n’en font pas une priorité.
Voici des actions concrètes à mettre en place :
- Rendre la stérilisation obligatoire pour tous les animaux de compagnie.
- Renforcer les contrôles et les sanctions en matière d’abandon.
- Créer un fichier national fiable, avec des données à jour sur les propriétaires.
- Soutenir financièrement les refuges et les associations de protection animale.
- Développer des campagnes de sensibilisation dès l’école primaire.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, la SPA des Sables-d’Olonne a recueilli 703 animaux, dont 221 chiens, pour 623 adoptions. Les effets de mode, amplifiés par les réseaux sociaux, poussent encore trop souvent à acheter un animal sans en mesurer les conséquences.
Tableau : obstacles et solutions face à l’abandon
| Obstacle | Solution concrète |
|---|---|
| Manque de temps | Faire appel à un dog-sitter ou à un voisin |
| Coût des soins vétérinaires | Aides publiques et mutuelles pour animaux |
| Logement trop petit | Choisir une race adaptée, ou un animal plus âgé |
| Comportement agressif | Consulter un éducateur canin avant de décider |
| Déménagement | Trouver un logement acceptant les animaux |
La voie est étroite. Mais chaque sauvetage compte. Chaque adoption responsable allège la charge des refuges. Chaque action de sensibilisation rapproche un peu plus d’une société où l’abandon ne sera plus une habitude.

Ancien journaliste presse magazine décoration parisien, rentré dans les Mauges restaurer une fermette.